Presse-Textes

https://vimeo.com/668352176?embedded=true&source=video_title&owner=61738867
https://clermont-filmfest.org/churchill-polar-bear-town/


Comment avez-vous eu connaissance de la ville de Churchill et de sa situation complexe avec les ours polaires ?

Cela faisait plusieurs années que je connaissais la ville de Churchill. Lorsque j’étais enfant, j’avais vu la photo d’un ours polaire transporté dans un filet sous un hélicoptère. J’ai fait le lien plus tard, vers 2013, en tombant par hasard sur des reportages TV mainstream, où il était surtout question de la manière dont les habitants du lieu cohabitaient avec leur effrayant voisin : l’ours polaire. C’est en 2019 que j’ai posé pour la première fois mes bagages à Churchill. Au terme d’une immersion de 3 mois, de septembre à novembre, période de migration des ours polaires dans le quotidien de la ville, j’y ai constaté des faits plus complexes que la peur de l’homme pour l’animal sauvage. Ici, l’ours est à la fois devenu un divertissement pour les touristes, et une rente pour les habitants. Voilà le cœur du film.

Comment s’alimentent les ours sur leur route jusqu’à Churchill et lorsqu’ils la traversent ?

Les ours polaires ne s’alimentent pas lors de leur migration. A l’automne, vers septembre et octobre, ils attendent sur le rivage Nord de la Baie d’Hudson que l’eau gèle. En novembre, lorsque la baie s’est changée en glace, ils peuvent s’y aventurer pour chasser le phoque. Mais au printemps, la banquise fond, et le courant ramène les ours sur le rivage Sud de la baie. Alors, un nouveau cycle de migration recommence. Les ours se remettent en marche, direction Churchill, avec le ventre vide. Dans des conditions de vie normales, l’ours est capable d’attendre patiemment que son cycle alimentaire naturel se fasse. Mais Churchill est, pour lui, un îlot de tentation, un paradis de poubelles et d’odeurs de restaurants qui l’attire irrésistiblement. La vigilance des habitants et des agents de conservation permet de modérer leurs visites dans les rues de la ville. Mais cette surveillance n’est pas sans faille.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans le fait de suivre l’équipe de tournage qui interviewe les habitants ?

Lors de mon séjour à Churchill, en 2019, j’ai très vite compris la place prépondérante que les médias y occupent. En automne, lors de la période de migration des ours polaires, il faut les voir s’y bousculer. La ville se change alors en plateau de tournage, et les habitants ont appris à en tirer profit. Il m’a donc semblé important d’évoquer cet aspect dans mon film. Churchill n’est pas qu’un village subissant la présence embarrassante des ours polaires. C’est surtout devenu une rentable place touristique et les médias sont dans la boucle. Ce sont eux qui, par le biais de leurs reportages, attirent les visiteurs, souvent fortunés.

Comment avez-vous travaillé sur la lumière et les couleurs ?

Dès le début, j’avais l’intention de créer un univers froid, brumeux et cotonneux, représentatifs du Grand Nord. Ces critères ont compliqué l’organisation de ce tournage relativement court, car la météo n’était pas toujours conciliante. Mais finalement nous avons relevé le défi. Je voulais aussi que les couleurs tendent vers le bleu-cyan afin d’accentuer la froideur de la toundra, son climat extrême et son mode de vie rude. Pour l’inspiration, j’avais en tête un film finlandais (vu il y a fort longtemps) tourné lui aussi dans des conditions polaires, en Laponie. Impossible de retrouver son titre, ni même le nom du réalisateur. Par contre, me sont restées en mémoire les couleurs des images, et ce souvenir a influencé tous mes choix esthétiques.

Area 51, Nevada, USA est un film qui explore les alentours de la zone 51 (Area 51) aux États-Unis, dans le désert du Nevada. Cette zone militaire est lourdement gardée, protégée et surveillée par l’armée américaine. Personne ne peut y accéder, pas même les avions ou les satellites, qui ont interdiction de la survoler. Pour éviter toute intrusion, cette zone a été élargie en intégrant les montagnes qui l’entourent ; elles forment une frontière naturelle impossible à franchir. On peut cependant voir de temps en temps des lumières étranges et anormales s’en échapper, mais aussi entendre des bruits d’explosion au loin. 

Ces indices, familiers aux habitants, mais si étranges aux yeux des touristes, laissent supposer que des activités secrètes s’y déroulent. Qu’il s’agisse d’expérimentations liées aux technologies militaires ou à la présence extraterrestre, les activités de la zone et l’impossibilité de voir et de savoir ce qu’il s’y passe livre l’imaginaire collectif à de multiples fantasmes. 

Ce film reste en retrait de tout témoignage et de toute hypothèse et nous invite en tant que spectateurs à visiter un espace dans lequel nous entendons des sons étranges hors-champ. Nous croisons également des personnages témoins d’une chose que nous ignorons et que nous ne cessons de chercher. 

http://www.evaborner.ch/texts/RE_FLEXION.pdf

Annabelle Amoros, formée au Fresnoy de Tourcoing, à l’École Nationale Supérieure de la photographie d’Arles et à l’École Supérieure d’Art de Lorraine à Metz, est une réalisatrice intéressée par les relations sociales et politiques du monde contemporain. Sa production artistique, mêlant documentaire et création, se distingue par l’exposition simultanée de faits réels actuels et de récits fictifs poétiques. Annabelle Amoros expose, sans prendre position et sans explication, ses témoignages du réel. « Ma démarche est influencée par des préoccupations d’ordre social et politique, précise l’artiste, et s’expérimente au travers d’univers lyriques, de légendes et de rêveries, d’isolement et de solitude, mais également de surveillance, de contrôle, de peur et de paranoïa. » Par le biais du film, elle propose au spectateur une immersion dans des espaces instables et parfois lointains en huis clos. Son nouveau projet de film, en cours de réalisation, Churchill, Polar Bear Town, traite du thème de la migration animale et raconte de manière abstraite et mystérieuse l’histoire singulière des tensions croissantes entre la faune sauvage et la population d’un village isolé, tout en évoquant la domination d’une espèce envers une autre. Chaque année, à la même période, les ours polaires traversent le petit village de Churchill, dans le Nord du Canada, afin de rejoindre la baie d’Hudson où ils ont leurs habitudes millénaires dans la traque des phoques. L’arrivée de ce fauve provoque la présence de dispositifs renforcés de sécurité et de surveillance, afin de garantir la sûreté du village, tout en déclenchant la mise en branle d’une industrie touristique derrière laquelle se dissimulent d’autres réalités sociales inavouées. « Ce film métaphorique, explique la réalisatrice, parle de l’arrivée imminente d’animaux sauvages dans la ville, redoutés par certains habitants, et recherchés par les touristes. Toute cette histoire se déroulera au bout du monde, très loin de tout puisqu’aucune route ne mène là-bas. À travers des paysages glacés de la toundra, les images du film offriront une incursion rare dans ce lieu si particulier, où les habitants vivent leur quotidien dans l’angoisse de croiser la route d’un ours polaire, tout en l’exploitant. » La présence du prédateur dans la ville a développé un véritable mythe autour duquel une industrie écotouristique de luxe s’est organisée, et dans laquelle certaines entreprises s’enrichissent au détriment de la plupart des habitants locaux. Capturé, captif, puis mis en exil, l’ours est maîtrisé par l’Homme afin de s’en protéger et de préserver ce système économique. C’est ici toute la relation de l’homme à la bête qui se joue de manière inédite et révèle les liens complexes et fragiles que l’Homme moderne, libéral et capitaliste noue et dénoue avec le monde sauvage, entre fascination, besoin de maîtrise et exploitation touristique.

https://ceaac.org/wp-content/uploads/2018/02/DP-ZONES-DINFLUENCES_web-1.pdf

C’est à Calais, ville emblématique de la crise migratoire, que se situe l’action du court métrage d’Annabelle Amoros Sur la route. Les unes après les autres, des figures humaines traversent le champ visuel, se perdant par moment dans le décor urbain. La nuit, la ville se transforme en un univers inquiétant, presque fantomatique, dans lequel le réel s’apparente à une fiction dystopique. Ces mêmes figures anonymes, tapies dans l’ombre, y prennent alors l’allure de silhouettes. Comme oubliées à travers les rues désertes, elles ne semblent pas trouver leur place dans ce milieu qui leur est inconnu. À côté de la présence succincte de la police en arrière-plan, d’autres sources sonores et visuelles viennent troubler ce monde presque fictif mais bel et bien réel : la musique de la camionnette d’un marchand de glaces qui arpente les rues, la mélodie entraînante de Disneyland ou encore l’explosion des feux d’artifice mêlent un imaginaire festif à une réalité bien plus dure.

https://www.beauxarts.com/videos/le-nevada-aux-frontieres-du-reel/

La nuit tombe sur la zone 51. Le bruit sourd des machines accompagne la fin des activités. Puis la caméra s’invite chez les rares et modestes habitants de la région. Presque désertique, le territoire filmé, tantôt majestueux, tantôt envahi de détritus, a aussi quelque chose d’inquiétant. De longs plans fixes, composés tels des tableaux foisonnants de détails, capturent des instants de vies en apparence insignifiants.

Et pourtant… Les habitants de cette région du Nevada possèdent tous un lien avec les activités particulières de cette zone militaire de 155 kilomètres carrés protégée et surveillée par l’armée. Calmes et solitaires, ils scrutent tous la même chose à la nuit tombée sur leur écran : une exploration à la caméra infrarouge d’un lieu mystérieux de la zone… C’est en effet là que l’armée américaine expérimenterait de nouvelles technologies.

La légende conspirationniste raconte que sur cette terre, qui nourrit depuis longtemps les fantasmes, les autorités entretiennent des relations secrètes avec les extraterrestres… Quelque chose rôde sur les steppes arides et silencieuses de la zone 51. La cinéaste diplômée du Fresnoy Annabelle Amoros observe l’étrangeté, comme la banalité, de ces vies qui cohabitent avec le secret défense, l’interdit et le mystère. La vérité est-elle vraiment ailleurs ?

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-petits-matins/attendre-la-nuit-que-le-monde-renaisse-welcome-to-my-world-par-annabelle-amoros-5470715

C’est la fin d’une nuit. Le jour n’a pas encore commencé dans les esprits. La lumière de l’aube peine à apparaître, encore camouflée derrière celle des réverbères encore allumés. C’est un nouveau jour qui naît et avec lui, un monde bien particulier. Tout le monde dort encore. Ou dort déjà. On ne sait pas vraiment d’emblée quelle heure il peut être. Cela peut être une aube comme un crépuscule. Les hautes herbes sont noires de nuit. Au loin dans le ciel un léger filet orange vient en signer la fin. Il n’y a aucun chemin à se frayer dans ce champs. Tout semble obstrué. L’espace et le son. Que le sifflement de grillons vient envahir. Ce n’est pas un problème, l’absence de route confortable. On se sent bien quand-même. Quelle que soit l’heure le jour va bientôt arriver et ça ne sera déjà plus la même chose. Alors on s’installe ici, on crée sa place. On laisse son empreinte de pas, dans un petit village isolé du centre des Etats Unis, dans l’Iowa. Un village où, la nature sauvage côtoie à quelques kilomètres de larges avenues pavillonnaires, désertes. Le passage pour le coup parmi les maisons éteintes est possible. Mais il n’y a pas beaucoup plus de candidats. On se trouve entre deux univers. Entre la nature sauvage et le béton désert ; Entre la nuit qui passe, et le jour prêt à renaître. C’est un monde qui n’est pas encore advenu. Qui se cherche. Comme cette femme en maillot à bretelles, pied nus, qui, dans la rue noire et vide, pousse doucement son fils installé dans sa petite voiture rouge. D’une main, elle compose un numéro sur son téléphone et le colle à son oreille. L’enfant lui, bien réveillé, accroche son regard à la caméra. Ils passent comme ça dans le champs. Rares passants du milieu de la nuit, à la recherche de calme, de fraîcheur et sans doute d’un peu de sommeil avant l’aube. Dans le calme de la nuit. Il y a à cette heure ci, à cette heure vide, une recherche. Le regard se fait tranquille. On marche doucement. Welcome to my world c’est le titre du film de la photographe et vidéaste Annabelle Amoros. Une des artistes qui participe ce soir à Marseille à la 8è Nuit de l’Instant. Car il s’agit bien dans ce monde là, d’une nuit de l’Instant. Une ville qui se déguise un temps de cette lumière rose, d’un filet de voix lointain. Un peu éraillée, solitaire et libre. Un chant méconnaissable, parce que chanté juste pour lui-même. Un visage absent cerné d’un casque audio, une petite bouteille de soda à la main. Welcome into my world., « Bienvenue dans mon monde ». Un monde de nuit, où pour faire avancer les heures, il faut continuer à marcher sur cette large avenue de béton, vers l’horizon bleu clair, et les lampadaires qui ne s’éteignent toujours pas.

Et voilà le cinéma et voilà un paysage.

Voilà le cadre, voilà la lumière, la ville et la mer.

Voilà la foule, un hélicoptère, une fête et son feu d’artifice.

Voilà la nuit et voilà la police.

Voilà des camions en attente de traversée de la Manche. 

Voilà Calais, un nom propre qui porte en lui, aujourd’hui plus que hier, toutes les histoires du monde, malheureuses, inquiétantes. Mais parce qu’elles sont devenues trop familières, l’oubli les a recouvertes à présent et les a enfouies pour les rendre muettes.

Tout le film d’Annabelle Amoros sera cette quête d’aller chercher tous ces événements dissimulés et de les faire ressurgir posément, dans une somptueuse forme poétique, sans bavardages, sans paroles ou alors elles ne seront qu’émises d’un récepteur radio mobile. 

Un film sans démonstration aucune et pourtant de ce que l’on voit, le spectateur sera amené à dégager un sens et un enseignement quant à savoir ce qu’il en est d’un territoire, le lieu même d’une histoire malheureuse vivante.

On entendra tout d’abord les bruits du paysage. On verra le souffle du vent effleurant une dune filmée en contre-plongée d’où apparaîtra un chien, plus tard un, puis deux, trois, six migrants, bientôt toute une colonne de réfugiés ou de fugitifs marchant d’Est en Ouest et se dirigeant vers une route où circulent des camions. 

Maintenant, c’est la nuit et une autre route. Aux bruits de la nature se substituent des voix émises par des talkies-walkies de policiers, d’autre forces de l’ordre, des milices peut-être, des voix nasillardes, tronquées qui délimitent ainsi le périmètre des réfugiés pour mieux le quadriller, le surveiller, le contrôler. 

Calais est tout cela : un territoire normalisé par les communications radio ou par cet hélicoptère qui traversera le ciel et éclairera le sol.

Et la camera d’Annabelle Amoros nous montrera tout cela dans une clarté nocturne, bleue et orangée :

– fascinante comme ces gestes des personnages qui semblent échappés de Disneyland. 

– troublante aussi comme le carillon de cette camionnette à glaces qui traverse la ville comme dans le film d’horreur de Stephen Chiodo, Killer Klowns from Outer Space. 

– ou encore inquiétante, tel ce feu d’artifice qui rappelle plus la guerre qu’une fête sur une plage avec cette foule en contre-jour, en contre nuit, qui évoque plus des fugitifs que de simples spectateurs venus pour regarder un divertissement.

Annabelle Amoros appartient à cette tradition du cinéma où tout est donné à voir mais où le sens est toujours suspendu, et liberté est alors donnée au spectateur de le faire surgir. Il suffit seulement d’avancer sur cette route que nous dessine la cinéaste.

C’est un film puissant à l’intersection du documentaire et de la fiction, ou « du réel et de sa métaphore » pour reprendre la formule de Jean-Luc Godard car il est vain d’opposer l’un à l’autre. Il est au croisement du réel dans ce qu’il désigne et de la fiction à travers la traduction dans des durées de ce qu’il montre.

C’est aussi un film prenant, un film d’actualité aux mouvements lents qui montre du temps, l’accentue, l’excède même jusqu’à le diluer pour ce que l’on aperçoit à l’écran nous renvoie à quelque chose qui s’étend au-delà, à l’infini, qui « renvoie à la vie » selon le souhait de Andreï Tarkovski. 

On pourrait rapprocher une telle pensée en cinéma de celle de Chantal Akerman qui, à propos de D’Est, notait : « Hier, aujourd’hui et demain, il y a eu, il y aura, il y a en ce moment même des gens que l’histoire qui n’a plus de H, que l’histoire vient frapper, et qui attendent là, parqués en tas, pour être tués, frappés ou affamés, ou qui marchent sans savoir où ils vont, en groupe ou isolés. Il n’y a rien à faire, c’est obsédant et ça m’obsède ».

Tout cela est à l’œuvre dans Sur la route, un film qui s’achève dans les tremblements magnifiques de la mer comme un intense souffle lyrique, mais retenu, sensible, beau.

Voilà le clapotis de l’eau et des vagues et le bruit du bateau.

Et voilà la falaise, au loin, floue, inatteignable qui se déploie dans un très lent panoramique et l’on ne sait pas ce qui peut survenir alors.


Translation : Clare Smith

12 May – 28 June 2016 (En)

So here we are, in cinema … a landscape … a framework, the light, the town and the sea.
There’s a crowd, a helicopter, a festival with fireworks. ?And it’s night time and here are the police.
Here are the trucks waiting to cross the Channel.
This is Calais, a name which holds within it, now more than ever, all the world’s stories – sad, troubling. But because they have become too familiar, they have been cloaked by oblivion until today and buried to render them mute.
Annabelle Amoros’s entire film embodies this quest in search of all these hidden events and to deliberately summon them up in sumptuous poetic form, without words except those coming from a mobile radio receiver.
A film which refuses to moralise and yet the viewer is led to find meaning in what (s)he sees and an understanding of what it is to know a territory, the very location of a tragic, living story.

First you hear the sounds of the landscape. Then you see the wind brushing across a dune in a low-angle shot from where a dog appears, later one, two, three, six migrants and soon a whole line of refugees or fugitives walking east to west and heading towards a road with a stream of lorries. 

Now, it’s night time and there is another road. The sounds of nature are replaced by voices from police walkie-talkies, other forces of law and order, perhaps those of the militias, garbled, nasal voices, which define the boundary around the refugees to better criss-cross, monitor and control the area. 

Calais is all of this: a territory normalised by radio communications or by that helicopter criss-crossing the sky and lighting up the ground.

And Annabelle Amoros’s camera shows us all of this in the blue and orange light of the night:

– mesmerising like the gestures of characters who seem to have escaped from Disneyland. 

– troubling too like the chimes of the ice cream van which crosses the town as in Stephen Chiodo’s horror film, Killer Klowns from Outer Space. 

– or even ominous – the sound of fireworks reminding us more of war than a beach party with the crowds backlit against the light of the night, looking more like fugitives than mere spectators there to watch the celebrations.

Annabelle Amoros belongs to that tradition in filmmaking where everything is there to see but where meaning is left hanging, emancipating the spectator to find meaning, simply by following the path drawn by the filmmaker. 

This is a powerful film at the intersection between documentary and fiction or between the « real and its metaphor » to quote Jean-Luc Godard as there is no point in opposing one to the other. It is at the crossroads of the real in what it names and of fiction though the translation over time in what it shows.

It is also an absorbing film, a slow-moving film about current events which shows time, highlights it, even goes beyond it until time is dissolved such that what we see on the screen sends us to something extending beyond time, into infinity which « brings us back to life » as wished for by Andrei Tarkovsky. 

One could compare this way of thinking about cinema to that of Chantal Akerman, who when writing about D’est (From the East), said: « Yesterday, today and tomorrow, there were, there will be, there are at this very moment people whom history (which no longer even has a capital H), whom history has struck down. People who are waiting there, packed together, to be killed, beaten or starved or who walk without knowing where they are going, in groups or alone. There is nothing to do. It is obsessive and I am obsessed. »

All of this is at work in On the Road, a film which finishes with the magnificent tremors of the sea, as if holding its breath, lyrical, intense, sensitive and beautiful.

We hear the splash of water, the sound of the waves and the noise of a boat. We see the cliffs, in the distance, blurred, unreachable, unfolding in a slow pan, and we do not know what might happen.

http://bibliotheque.fondation-janmichalski.com/2015/06/03/surface-clairiere-profonde/

C’est la nuit descendue elle couvre la vallée son signe ce sont des lumières celles que les hommes allument on les voit bien ce sont des feux des lueurs orangées une ponctuation étoilant le versant la montagne est couverte de neige mais les bois sont profonds ils sont noirs ils entourent la vallée ne la menacent pas ne la protègent pas ce sont des bras les lumières déploient des seuils d’absence d’où les maisons se voient chacune comme l’île d’un archipel qui s’étend tout est enfui en soi-même et le silence a gagné la partie nous sommes venus et nous sommes tombés c’est cette image elle est là devant nous et pourtant elle nous entoure nous sommes venus nous sommes tombés dans cette nuit des pas d’oiseaux des traces et des brindilles il ne reste rien des souffles s’effacent un peu de vent peut-être mais même pas non rien ne tremble la déposition des choses est ce poids qui les retire à l’absence où pourtant elles se consument ces lumières montrent l’habitation des hommes elles sont faites pour être vues par d’autres hommes bien sûr mais on dirait en les voyant qu’elles s’adressent à des présences invisibles ou au ciel lointain c’est pourquoi ainsi accrochées et formant des essaims immobiles elles ont à la fois apeurées et rassurantes en les regardant on s’entend marcher sur les pentes on s’entend revenir on descend on suit le mouvement de l’eau courant sous la neige on pense aux frémissements des bêtes et aux visages des hommes tels qu’on les voit quand on passe le long de leurs maisons la nuit s’y livrant à leurs travaux ou bien ne faisant rien ou déjà endormis tout ce peuple de gisants dont l’image est venue se saisir sans même avoir à les montrer.

https://www.critikat.com/panorama/festival/26e-fidmarseille-2/

À l’ombre des poids lourds, un petit film du FID Campus (sélection de courts pêchés à la sortie des écoles) s’employait lui aussi à remonter le temps. En libérant ses plans fixes de leur fonction d’illustration, Hunter’s Moon d’Annabelle Amoros, étudiante fraîchement diplômée de l’école de photographie d’Arles, déjouait habilement les codes de la fable imagée pour petits enfants. À la façon d’un livre mal relié, ses images s’émancipent de la trame en voix off pour dessiner leur propre sentier parallèle : comme chez Boone, cette histoire de rôdeur a lieu en Laponie, mais pourrait tout aussi bien se dérouler ailleurs. Aussi, plutôt que de figer l’anecdote dans l’ambre du présent, Annabelle Amoros substitue à la clarté d’une immersion documentaire, des images sombres empruntent d’un sentiment d’inquiétude. Résultat : le fait divers, pourtant précisément daté et localisé, se déloge de son ancrage factuel pour gonfler le registre des légendes collectives. Ainsi, sur la base d’un simple décrochage, Hunter’s Moon rejoint paisiblement l’horizon du mythe, ouvertement ciblé.

Annabelle Amoros est un drôle d’oiseau. Elle travaille dans une ruralité fantasmagorique, crée des univers comme des nids, visite ceux des autres et y arrête le temps puis s’efface. Sa vision de ces morceaux de vie, a priori assez morne, lui permet de transformer, sans avoir « l’air d’y toucher » chaque habitant en personnage de premier plan. On sent toute sa bienveillance et même son admiration pour ces petits mondes de la campagne dont elle est elle-même le fruit. Son travail sur le son est remarquable, elle transforme le silence en une petite musique mentale qui prend tout son poids grâce à un faux minimalisme, en réalité un énorme travail de perfectionniste. Ses œuvres vous plongent dans un son et lumière d’un quotidien oublié par nos vies où la course à « on ne sait plus quoi » est la religion officielle. Comme Bill Viola, Annabelle Amoros joue sur une corde follement humaine, sa maturité et son chemin parcourut ne semble qu’être les prémices d’une succession de bonnes nouvelles.


Cyrille Putman / Juin 2014 (En)

Annabelle Amoros is a peculiar kind of animal. She works amidst a phantasmagorical « rurality », creates universes as nests, visits other people’s worlds and while in them, stops time and then disappears. Her vision of these chunks of life which are inherently stark, allows her to transform, seemingly without addressing directly, every inhabitant into a main character. We can feel all of her kindness and even her admiration for these small country worlds from which she herself comes from. The sound work is remarkable, she transforms silence into a mental soundtrack that gains all of it’s weight thanks to the illusion of minimalism, which in reality shows the true mark of a perfectionist. Her work immerses you into into a forgotten world of everyday lights and sounds where the race towards “We don’t even know what anymore” is the official religion. Like Bill Viola, Annabelle Amoros plays on a chord that is inherently humane, her maturity and trajectory are indicators of a forthcoming succession of good news.