SURFACE CLAIRIERE PROFONDE

Un texte de Jean Christophe Bailly sur une photo d'Annabelle Amoros
collection invisible pull
produit par l'association Asphodèle

édition limitée, disponible à la galerie
Espace pour l'art
5 rue Réattu
13200 Arles







C’est la nuit descendue elle couvre la vallée son signe ce sont des lumières celles que les hommes allument on les voit bien ce sont des feux des lueurs orangées une ponctuation étoilant le versant la montagne est couverte de neige mais les bois sont profonds ils sont noirs ils entourent la vallée ne la menacent pas ne la protègent pas ce sont des bras les lumières déploient des seuils d’absence d’où les maisons se voient chacune comme l’île d’un archipel qui s’étend tout est enfoui en soi-même et le silence a gagné la partie nous sommes venus et nous sommes tombés c’est cette image elle est là devant nous et pourtant elle nous entoure nous sommes venus nous sommes tombés dans cette nuit des pas d’oiseaux des traces et des brindilles il ne reste rien des souffles s’effacent un peu de vent peut-être mais même pas non rien ne tremble la déposition des choses est ce poids qui les retire à l’absence où pourtant elles se consument ces lumières montrent l’habitation des hommes elles sont faites pour être vues par d’autres hommes bien sûr mais on dirait en les voyant qu’elles s’adressent à des présences invisibles ou au ciel lointain c’est pourquoi ainsi accrochées et formant des essaims immobiles elles ont à la fois l’air apeurées et rassurantes en les regardant on s’entend marcher sur les pentes on s’entend revenir on descend on suit le mouvement de l’eau courant sous la neige on pense aux frémissements des bêtes et aux visages des hommes tels qu’on les voit quand on passe le long de leurs maisons la nuit s’y livrant à leurs travaux ou bien ne faisant rien ou déjà endormis tout ce peuple de gisants dont l’image est venue se saisir sans même avoir à les montrer

Jean-Christophe Bailly